Skip to content
Open
Changes from all commits
Commits
File filter

Filter by extension

Filter by extension

Conversations
Failed to load comments.
Loading
Jump to
Jump to file
Failed to load files.
Loading
Diff view
Diff view
89 changes: 89 additions & 0 deletions naissance_de_merlin.md
Original file line number Diff line number Diff line change
@@ -0,0 +1,89 @@
# La Naissance de Merlin

Voilà. Installez-vous bien. C'est une histoire vraie, ou presque.

---

Il faut d'abord que vous sachiez une chose sur les démons : ils ont des projets. Pas des mauvais projets, enfin si, des mauvais projets, c'est leur métier — mais des projets *organisés*. Des réunions. Des stratégies. Et à l'époque dont je vous parle, leur grand projet du moment, c'était d'envoyer sur terre un être à eux, fait de leur chair et de leur souffle, pour contrebalancer ce Jésus qui leur avait causé tant de tracas.

Le plan était le suivant : trouver une femme. La séduire pendant son sommeil. Et hop.

Simple. Efficace. Démoniaque, on peut le dire.

---

La femme qu'ils choisirent s'appelait... eh bien, les chroniques ne s'accordent pas sur son prénom, ce qui est déjà un signe que l'affaire était compliquée. Appelons-la Adhan, puisque c'est le nom que certains lui donnent, et que ça fait sérieux.

Adhan était une jeune femme pieuse. Très pieuse. Du genre à se confesser tous les matins avant le petit-déjeuner, ce qui, vous en conviendrez, est une habitude que peu de gens ont conservée de nos jours.

C'est précisément ce qui rendit les choses compliquées pour le démon.

---

Il vint la nuit, comme prévu. Il fit ce qu'il avait à faire, comme prévu. Et il repartit, satisfait.

Mais le lendemain matin, Adhan se réveilla, sentit que quelque chose n'allait pas — les femmes ont ce genre de sens, surtout les pieuses — et courut chez son confesseur avant même d'avoir mangé.

Elle se confessa.

Le démon, informé de la chose, tint une réunion d'urgence. La situation était inédite : la femme avait été fécondée, certes, mais elle avait aussitôt remis son âme à l'état propre. L'enfant serait donc à moitié d'eux — et à moitié... de l'autre côté.

— On annule ? demanda quelqu'un.

— On ne peut pas annuler, dit quelqu'un d'autre. C'est déjà fait.

Il y eut un silence gêné.

---

L'enfant naquit couvert de poils noirs, ce qui inquiéta tout le monde sauf la sagefemme, qui en avait vu d'autres. Il ne pleura pas. Il regarda autour de lui avec des yeux qui semblaient déjà savoir des choses — ce qui, pour un nouveau-né, est généralement de mauvais augure.

Sa mère le prit dans ses bras, et l'enfant parla.

Pas beaucoup. Juste assez pour qu'elle comprenne qu'il savait tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait pensé, tout ce qu'elle avait mangé la veille et tout ce qu'elle allait faire le lendemain.

Elle faillit le lâcher.

— Je suis ta mère, dit-elle, parce qu'il faut bien dire quelque chose dans ces cas-là.

— Je sais, dit l'enfant.

---

On appela un prêtre. Puis un autre. Puis un évêque, par précaution. L'enfant fut baptisé dans les formes, ce qui régla la question de son âme mais pas celle de ses poils, qui restèrent.

Il fut nommé Merlin.

Personne ne sait pourquoi ce prénom plutôt qu'un autre. C'est souvent ainsi avec les grands destins : ils commencent par une décision que personne ne s'explique vraiment.

---

Les démons, de leur côté, prirent la chose avec philosophie.

— Au moins, dit l'un d'eux, il connaîtra le passé comme nous le connaissons.

— Et le futur ? demanda un autre.

— Le futur, dit le premier, ça, c'est de l'autre côté.

Nouveau silence.

— Donc il saura tout, résuma quelqu'un.

— Oui.

— C'est pire.

Ce fut, à peu de choses près, la dernière fois que les démons essayèrent d'avoir un projet à long terme.

---

Merlin, lui, grandit. Il apprit à marcher, à parler davantage, à faire des prophéties entre deux bouchées de pain. Il apprit aussi à ne pas trop montrer ce qu'il savait, parce que les gens, quand on leur dit ce qu'ils vont faire avant qu'ils le fassent, ont tendance à être agacés.

C'est une leçon que même les magiciens doivent apprendre.

Et c'est là que notre histoire commence vraiment.

---

*À suivre.*